Solarpunk – Vers des futurs radieux

Solarpunk vers des futurs radieux est une anthologie publiée par les Moutons électriques en juin. Elle est déjà épuisée et en route pour une réimpression, ce qui est une bonne nouvelle. Elle contient 17 textes, les auteurs sont français, à l’exception du tout dernier, une création inédite de Jayaprakash Satyamurthy, auteur et poète indien. Il est à noter que c’est la première anthologie francophone de solarpunk, et qu’elle parait au moment du 20e anniversaire des Moutons électriques.

Pour commencer, quelques mots sur le solarpunk qui n’est pas un nouveau genre musical à la mode. Il fait partie des sous genres de la SFFF, c’est un mouvement émergent mais qui connaît un beau succès. Il imagine des futurs utopiques répondant aux préoccupations actuelles en se fondant sur l’écologie, l’harmonie avec la nature de manière durable. Il propose des visions positives de l’avenir, les sociétés ayant réussi à résoudre les différentes crises et à fonder des modes de vie équitables. La science-fiction moderne est souvent associée à des futurs où la technologie est reine, des futurs sombres. Le solarpunk prend le contre-pied et offre un message d’espoir et des possibilités pour un renouveau, encourage une vision optimiste de l’avenir à la lumière des préoccupations environnementales actuelles. La première anthologie de Solarpunk, Solarpunk : Histoires écologiques et fantastiques dans un monde soutenable est publiée en 2012 au Brésil.

Tous les textes présents sont de longueurs différentes, et certains moins intéressants que d’autres comme souvent dans les anthologies. Pourtant, ils sont tous originaux, plaisants à découvrir et arrivent à leurs objectifs de présenter des futurs possibles différents. Les auteurs et autrices parlent de nos préoccupations actuelles, qu’elles soient sociales ou liées à l’environnement, selon différentes méthodes. Jacques Boireau dans Quelques pas en arrière entre Styx et Achéron, met en scène une cité utopique inspirée de la mythologie grecque. Dans Nulle part et en Crimée, Olav Koulikov met en scène la guerre en Crimée avec en toile de fond une cité utopiste. Ce texte parle au lecteur dans le contexte actuel. Mélanie Fievet, dans Un point au large, parle des réfugiés et du problème des déchets en plein océan dans un texte émouvant qui pousse à la réflexion.

Dans Bastide, Laurent Queyssi met en scène un village dans un futur proche, en faisant le lien entre notre monde et cette époque grâce à un personnage qui en a été témoin. L’utilisation de la musique est très bien trouvée. Silène Edgar, dans Premier mai, fait aussi le lien avec le monde du passé avec le symbole du muguet, qui a totalement disparu dans un monde où des tests de connaissances permettent d’espérer un meilleur avenir. Un très bon texte tout en nuances.

Christine Luce, dans La Pluie coule entre nos doigts, imagine une humanité qui a migré vers une nouvelle planète pour survivre. Chloé Chevalier, dans La Succulente, suit le parcours de vie d’une jeune fille à sa vie de femme en lien avec sa découverte d’une plante. Un texte très juste et bien écrit. Nicolas Texier dans Fran et ses deux maris imagine qu’une drogue a été utilisée pour modifier le comportement humain et ainsi permettre à l’humanité de vivre mieux en harmonie avec l’environnement.

Enfin, on retrouve deux fois Xavier Dollo, alias Thomas Geha au sommaire de cette anthologie, ce qui en vaut déjà la lecture. Une île (et quart) sous la lune rouge avait déjà été publiée en 2019 dans une version diffusée à cent exemplaires, numérotés à la main et dédicacés par l’auteur. Cette novella fait plus partie du fantastique que du solarpunk, et j’avoue ne pas trop avoir compris la raison de ce classement ici. L’auteur met en scène une île, petit bout de territoire qui semble vivre hors du temps, hors de tout. C’est un texte porté par une narration de grande qualité, un texte émouvant magnifiquement écrit. Dans Voyageuse, Xavier Dollo met en scène une terre ravagée où seuls quelques survivants vivent dans des maisons bunkers. L’arrivée d’une météorite va bouleverser la vie d’une jeune fille. Comme à son habitude, l’auteur nous offre un texte beau, émouvant et très efficace.

Solarpunk vers des futurs radieux est ainsi une anthologie qui vaut le détour. Elle est dans la lignée des romans de science-fiction de Becky Chambers. Les textes correspondent très bien à la thématique et présentent des utopies écologiques crédibles et modernes en lien avec notre actualité. De quoi faire réfléchir sur ce qu’il serait possible de faire.

Autres avis:

Éditeur : Les Moutons électriques

Parution: 12 juin 2024

Loin de la science-fiction militariste et des dystopies, le genre solarpunk propose des récits utopistes et écologistes, imagine des futurs meilleurs et propose des axes de réflexion pour penser l’avenir sous l’angle de l’espoir.

Une des particularités du solarpunk est qu’il s’agit d’un mouvement autogéré international, qui publie des anthologies un peu partout. Il n’était pas encore paru d’anthologie francophone de solarpunk ; le moment nous a semblé bon pour le faire, en fêtant le 20e anniversaire des Moutons électriques, avec des nouvelles de Jacques Boireau, Basile Cendre, Chloé Chevalier, Jeanne Mariem Corrèze, Xavier Dollo, Silène Edgar, Mélanie Fievet, Thomas Geha, Jean-Pierre Hubert, Olav Koulikov, Christine Luce, Laurent Queyssi, Jayaprakash Satyamurthy, Nicolas Texier, Roland C. Wagner et Dominique Warfa.

9 commentaires

  1. Ta chronique est très intéressante à lire. J’attendais beaucoup de ce recueil de nouvelles pour le côté solarpunk, et j’admets avoir été très déçue à la lecture de plusieurs nouvelles qui, pour moi, ne rentraient pas du tout dans le thème. Je me souviens d’une très sombre qui se déroulait dans une ville à moitié détruite avec des ados. J’en suis ressortie assez déçue après avoir mis 2 mois à le lire, même si quelques textes m’ont marquée comme celui de Laurent Queyssi, de Christine Luce ou ceux de Xavier Dollo/Thomas Geha.

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