La fille qui se noie – Caitlin R.Kiernan

La fille qui se noie est un roman de Caitlín R. Kiernan publié par Albin Michel Imaginaire. Il s’agit de la première réédition de cet éditeur, le roman ayant auparavant été publié par Panini Books en 2014. Le livre n’était plus disponible, d’où le choix de AMI. Le roman a reçu le prix Bram Stoker et le James Tiptree Jr Memorial Award.

La fille qui se noie est un roman à part, autant dans sa forme que par son sujet. A Providence, Rhode Island, vit India Morgan Phelps surnommée Imp. Celle-ci souffre de schizophrénie, comme sa mère et sa grand-mère avant elle. Sa perception du monde est faussée par sa maladie et par son histoire familiale compliquée, sa mère et sa grand-mère s’étant suicidée. Imp ne souffre pas de complexe de personnalités multiples, mais elle a une perception d’elle-même et de la réalité différente des autres.

Imp a décidé d’écrire une histoire de fantômes, de sirènes et de loups-garous. Cette histoire n’est pas dédiée à être publiée, c’est un récit sous forme de journal, où elle raconte sa propre histoire. Elle va parler de sa maladie, de son passé, de son quotidien, de sa fascination pour le tableau du peintre Phillip George Saltonstall, intitulé « La Fille qui se noie », de sa relation avec la transsexuelle Abalyn, de Eva Canning et des mystères entourant la Millside River, où se serait noyée une fille. Sa maladie fait que son récit est souvent incohérent, parfois lucide et parfois non, parfois mensonger sans le vouloir vraiment.

Le récit est à la première personne, Imp racontant son histoire de fantômes. Mais Imp est une narratrice qu’on peut qualifier de non fiable. Elle prend de nombreux médicaments, a une perception de la réalité très distordue allant de la paranoïa aux troubles compulsifs. On ne peut pas la croire réellement, et le lecteur passe son temps à essayer de se dépatouiller avec ce qu’elle raconte. Elle a un tempérament artistique, étant peintre et écrivaine, mais est terriblement isolée. Le style de Caitlín R. Kiernan retranscrit à merveille les différents états d’esprit de Imp et la gradation de ses troubles mentaux . Elle se parle parfois à la troisième personne, digresse souvent.

Le lecteur est sans cesse en position de doute par rapport au récit de Imp. La présence d’éléments surnaturels est sujette à question, car seule Imp en a été témoin. Elle n’est pas fiable, le personnage mi-fantôme mi-sirène d’Eva Canning l’obsède totalement, accentuant ses troubles. Caitlin R. Kiernan construit son roman comme la plongée captivante au cœur de la psyché tourmentée d’Imp, jouant avec le fantastique et la folie. Elle efface la frontière entre réalité et imagination, et l’immersion est réussie. Par contre, le lecteur qui cherche de l’action risque d’être déçu. En effet l’idée de départ du roman et sa forme sont excellentes, mais il faut accepter de lâcher prise et de se laisser pénétrer par un récit étrange, par la folie de sa narratrice. Imp est une artiste et à travers elle, l’autrice parle des liens entre la création artistique et la santé mentale, thème que l’on retrouve dans beaucoup de textes fantastiques.

Maupassant a beaucoup écrit sur la folie dans ses nouvelles fantastiques. Dans La fille qui se noie, Caitlín R. Kiernan utilise le même procédé et le fait avec brio, plongeant son lecteur dans la psyché tourmentée d’une jeune femme schizophrène avec un récit en forme de labyrinthe. Le roman est assez déroutant mais si on aime le fantastique, les thématiques sur l’art, c’est un roman à ne pas rater.

Autres avis: Tachan, Blackwolf, Just a Word, l’épaule d’Orion, Gromovar,

Autrice : Caitlín R. Kiernan

Traduction : Benoît Domis

Éditeur: Albin Michel Imaginaire

Parution: 11/10/2023

India Morgan Phelps, dite Imp, veut écrire une histoire de fantômes, avec une sirène et un loup. Involontaire disciple de Jean Cocteau, elle a compris instinctivement, très jeune, que « Le poète est un mensonge qui dit toujours la vérité. » Cette jeune femme remarquable, mais mise à l’épreuve par la vie – sa grand-mère maternelle s’est suicidée, sa mère s’est suicidée – écrit un récit à nul autre pareil, qui oscille entre le journal intime et l’histoire de fantômes. Peu à peu s’élabore un véritable labyrinthe littéraire, dans lequel on rencontrera une sirène, une louve sans défense et enfin, Eva… Une femme qui évoque le modèle d’un tableau datant de 1898 et fascine Imp depuis son enfance.
Mais qui était Eva ? Quelle a été sa vie ?

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